45.72076.1.1 désigne le très rare premier pressage de février 1963. Très peu d'exemplaires du tirage original ont fait surface à ce jour puisque, selon les sources documentés, seulement 78 exemplaires environ auraient été vendus en 1963.
Disponibilité
Cette première variante a été offerte pendant quelques mois à compter du 18 février 1963. Le 45 tours n'a pas connu de succès commercial et ne s'est d'abord vendu qu'à une centaine d'exemplaires environ. Il n'a été repressé qu'au début de 1964, lorsque la Beatlemania a déferlé sur l'Amérique du Nord; au Canada, cet engouement a suivi le succès de She Loves You.
Informations générales
Il s'agit du tout premier disque crédité à « The Beatles » paru en Amérique du Nord (le My Bonnie de DECCA présentait les Beatles comme groupe d'accompagnement de Tony Sheridan, mais ne contenait aucune de leurs chansons et n'était même pas crédité aux Beatles, mais plutôt aux « The Beat Brothers »). C'était aussi le premier disque des Beatles paru chez Capitol Records en Amérique du Nord (la musique des Beatles n'est parue aux États-Unis que quelques semaines plus tard, sur la plus petite étiquette Tollie).
Après le pressage de 200 exemplaires, les plaques de pressage étaient encore utilisables; ainsi, lorsque la Beatlemania a véritablement pris son envol en 1964, les anciennes matrices de pressage (stampers) ont été réutilisées, ce qui rend aujourd'hui difficile de distinguer avec certitude les véritables pressages de 1963 des rééditions du début de 1964, pratiquement identiques. Remarquez les résidus de colle de l'autocollant radio de CBC sur la photo ci-dessus : cet exemplaire provient d'un lot acheté auprès de la station CKMI TV à Québec, où tous les premiers 45 tours des Beatles étaient des tout premiers pressages, du 45 tours Decca jusqu'à She Loves You.
Informations de pressage
Ce 45 tours canadien se distingue par le fait qu'il n'a pas été préparé à partir des bandes maîtresses britanniques, mais directement à partir d'un 45 tours britannique envoyé au siège social canadien à des fins promotionnelles. Ce fait a été confirmé par Graham Newton, ingénieur de gravure chez Capitol of Canada à l'époque (source : P. Hemmingsen, The Beatles’ Canadian Discography, partie 1). Le disque canadien présente donc la « version Ringo » de la chanson, contrairement à toutes les autres parutions canadiennes et nord-américaines, qui proposent plutôt la version avec Andy White. Seule exception : l'album « Rarities » de 1980, qui aurait été réalisé à partir d'un repiquage du 45 tours canadien; autrement dit, un repiquage d'un repiquage!
Les numéros de matrice de ce tout premier pressage n'ont pas de tiret ni de chiffre à la fin, et sont gravés en plus gros caractères que les pressages ultérieurs (tiret 2 et plus). Mais gardez à l'esprit que les plaques de pressage originales étaient encore bonnes après le tout premier tirage, et ont été réutilisées plus tard en 1964, lorsque la Beatlemania a vraiment pris de l'ampleur. Donc, du point de vue de la matrice, les pressages de 1963 et de 1964 sont impossibles à distinguer.
Les numéros de matrice de ce tout premier pressage de 1963 sont les suivants :
Face A : 7XCE 17144
Face B : 7XCE 17145
Il faut donc se fier à d'autres indices pour différencier les véritables pressages originaux de 1963 de la réédition « sans tiret » ultérieure de 1964. Un authentique premier pressage, dont on a confirmé qu'il a été envoyé le jour même de la parution à un membre de l'industrie du disque, sert aujourd'hui de référence pour authentifier les pressages de 1963.
À partir de cet exemplaire de référence (et d'autres exemplaires confirmés de 1963), les recherches ont permis de dégager quelques caractéristiques du pressage de 1963 :
1. Les étiquettes plus anciennes tirent légèrement plus vers le « moutarde » et le papier a une texture différente, un peu « tacheté », donnant l'impression qu'il était un peu plus « translucide » que les étiquettes ultérieures. Cela concorde aussi avec d'autres pressages de 1962-1963 d'autres artistes (p. ex. Please Please Me, Ray Cathode, Helen Shapiro, Cliff Richard, Sergio Bruni, etc.)
2. Le numéro de matrice semble « plus profond » sur les rééditions de 1964. Cela reste sujet à interprétation, bien sûr, mais lorsqu'on les compare côte à côte, les numéros de matrice originaux paraissent légèrement plus pâles, comme si le disque n'avait pas été « pressé aussi fort ».
3. Le placement de l'information imprimée est différent : les exemplaires ultérieurs présentent les détails suivants à des endroits légèrement différents par rapport au swirl. Après discussion avec plusieurs collectionneurs et comparaison de nombreux exemplaires sans tiret, ces détails ont été relevés sur ce qui pourrait être des exemplaires de 1963 :
Sur la face 1 : le swirl orange traverse le bas du deuxième « 1 » du numéro de matrice 7XCE17144. Il touche ensuite le bas du « 6 » du numéro de catalogue 72076 (sans AUCUN orange à l'intérieur du « 6 »). Il touche ensuite l'extérieur du « 6 » vers le haut. Le bas du swirl orange, à gauche du « 7 » du numéro de catalogue, tend aussi à se terminer un peu sous le numéro de catalogue. Du côté gauche de l'étiquette, on aperçoit de l'orange « à l'intérieur » du haut du « C » de « Capitol ».
Sur la face 2 : le swirl orange touche tout juste le bas du « 1 » (sans toutefois le traverser). Il traverse ensuite le bas du « 6 » (sans AUCUN orange à l'intérieur du « 6 »). Il touche ensuite l'extérieur du « 6 » vers le haut. Le bas du swirl orange, à gauche du « 7 » du numéro de catalogue, tend aussi à se terminer un peu sous le numéro de catalogue. Du côté gauche de l'étiquette, on aperçoit de l'orange « à l'intérieur » du haut du « C » de « Capitol ».
MISE EN GARDE
Au sujet de ce dernier point : bien que le placement caractéristique du texte se retrouve effectivement sur un pressage de 1963 vérifié, les auteurs invitent les collectionneurs à la prudence avant d'en faire le point clé officiel et une preuve absolue pour authentifier un véritable premier pressage.
Pour comprendre cette réserve, il faut savoir comment ces étiquettes étaient imprimées. On préparait d'abord des feuilles d'étiquettes « vierges », comportant les éléments génériques communs à toutes les parutions, soit le swirl et le texte légal en périphérie (image de gauche). On y ajoutait ensuite, généralement à l'encre noire, les renseignements propres à chaque parution (image de droite).
Bien que généralement assez précise, l'impression d'une deuxième couche d'information sur la vierge peut immanquablement causer des alignements différents entre la vierge et le nouveau texte; des écarts de précision qui entraînent des placements de texte différents par rapport au swirl. Par exemple, la feuille « vierge » peut se déplacer très légèrement, causant des différences de quelques millimètres à l'échelle du lot, ce qui donne un placement du texte légèrement différent sur les disques plus anciens par rapport aux disques plus tardifs d'un même lot de pressage. Voici un exemple généré par ordinateur de variantes de placement exagérées sur une étiquette vierge :
Voici deux exemples vérifiés de pressages sans tiret : un pressage de 1963 confirmé à gauche et un pressage de 1964 confirmé à droite. Il s'agit de deux lots de pressage distincts, et des variantes comme celle-ci se produisent constamment d'un pressage à l'autre, mais elles surviennent aussi au sein d'un même petit lot de disques (voir le 45 tours My Bonnie de Decca, par exemple 45.31382.DE.1).
Enfin, pour être clair : les auteurs ne réfutent pas le fait que des pressages originaux de 1963 présentant ce placement précis du « R » aient été confirmés; c'est seulement une invitation à la prudence et à garder à l'esprit qu'un exemplaire confirmé ne signifie pas que TOUS les pressages de 1963 sont identiques (même si la plupart des exemplaires le sont peut-être), mais qu'il est possible que d'autres exemplaires de 1963 aient le texte légèrement plus à gauche ou à droite. Penser autrement serait tomber dans le piège du biais de confirmation.
ALORS, COMMENT SAVOIR AVEC CERTITUDE SI UN EXEMPLAIRE EST DE 1963 OU DE 1964 ?
Il n'existe malheureusement aucun moyen DÉFINITIF de le savoir. Les légères différences physiques demeurent anecdotiques; les auteurs recommandent donc de rechercher une convergence de plusieurs indices plutôt que de se fier à un seul. La provenance du disque demeure toujours la meilleure preuve.
1. Si un disque provient d'une station de radio qui recevait tous ses disques à titre promotionnel de la part des maisons de disques, c'est déjà un bon point de départ pour établir une filiation fiable jusqu'à une date de parution. 2. Si d'autres disques de la même station sont eux aussi tous des pressages de 1963 (p. ex. le « Please Please Me » de Dick James ou le « From Me To You » de Northern Songs, etc.), cela appuie la théorie d'un premier pressage. Et si, en plus, 3. l'exemplaire correspond aussi aux indices visuels mentionnés ci-dessus, une intéressante convergence d'indices commence à se dégager, pointant vers une piste fiable (mais jamais une certitude) indiquant qu'il s'agit selon toute vraisemblance d'un véritable pressage de 1963.
Bon à garder à l'esprit également : même un exemplaire sans tiret de 1964 est suffisamment rare et précoce dans le parcours canadien des Beatles pour être historiquement significatif et digne d'intérêt pour les collectionneurs.
Pochette
Les tout premiers pressages ont été envoyés aux stations de radio partout au pays dans une pochette promotionnelle générique Capitol « Hot Stuff ». Les exemplaires de vente en magasin étaient offerts dans une pochette Capitol noire brillante générique :
Ventes
Les premiers exemplaires ont été envoyés aux stations de radio partout au pays. Malgré les efforts déployés pour promouvoir le nouveau groupe, le disque a suscité très peu d'intérêt au début de 1963 : selon Paul White, directeur du service Artistes et Répertoire chez Capitol of Canada, seulement 78 à 140 des 200 exemplaires fabriqués en 1963 auraient été vendus (source : P. Hemmingsen, The Beatles’ Canadian Discography, partie 3).
On ignore si ces chiffres comprennent les exemplaires distribués aux stations de radio. Il est possible que le total de 140 corresponde aux 78 exemplaires vendus, auxquels s'ajouteraient une soixantaine d'exemplaires promotionnels, mais cette hypothèse reste à confirmer. Il est également fort probable que les exemplaires invendus de 1963, soit une soixantaine selon les chiffres ci-dessus, aient été écoulés en 1964 aux côtés des nouveaux pressages. Ce n'est que plus tard cette année-là, lorsque la Beatlemania a véritablement pris son essor, que Love Me Do a commencé à se vendre en quantités importantes, soit environ 50 000 exemplaires en 1964.
À ces 50 000 exemplaires canadiens s'ajoute un lot d'exemplaires de 1964 également exportés aux États-Unis (environ 350 000 exemplaires selon certaines sources - un nombre que les auteurs jugent un peu élevé au regard des numéros de matrice), mais quel que soit le nombre d'exemplaires exportés, ceux-ci ont été comptabilisés comme des ventes américaines et non canadiennes. (source : P. Hemmingsen, The Beatles’ Canadian Discography part. 3)
