Comme les autres grandes maisons de disques, EMI a commencé à la fin des années 1980 à publier son catalogue sur le nouveau format de disque compact, introduit quelques années plus tôt. Bien que le CD ait été officiellement lancé en 1983, le catalogue des Beatles n’a été publié sur CD qu’en 1987 aux États-Unis et dans d’autres marchés majeurs. Ces sorties coïncidaient avec la standardisation officielle mondiale du catalogue des Beatles. Voyant là une bonne occasion d’harmoniser les deux, EMI a décidé d’adopter les configurations d’albums britanniques comme discographie de référence (complétées par les compilations Past Masters afin d’inclure les 45 tours non parus sur album). À partir de ce moment, les anciennes versions d’albums nord-américaines (ainsi que d’autres éditions uniques ailleurs dans le monde) ont été largement abandonnées, sauf pour certaines parutions destinées aux collectionneurs.
Bien que les CD des Beatles soient disponibles aux États-Unis depuis 1987, le Canada n’a commencé à les produire localement qu’au début de 1990. Avant cela, tous les disques compacts des Beatles vendus au Canada étaient importés des États-Unis. Plusieurs CD présents au Canada durant ces premières années étaient également « made in Germany ». Ces pressages allemands étaient en réalité destinés au marché américain, qui ne disposait pas encore d’une capacité suffisante de fabrication de CD; les États-Unis importaient donc des copies produites en Allemagne et au Japon pour répondre à la demande intérieure. Ces deux pays avaient été choisis pour leur réputation en matière de fabrication de haute qualité et de mastering audio supérieur.
Les premières éditions en longues boîtes vendues au Canada, par exemple, contenaient toutes des disques importés. Les copies envoyées au Canada pouvaient donc être des pressages américains ou allemands; certaines copies ont également été observées avec des disques « made in Japan ». Ces différentes versions étaient utilisées de façon aléatoire au Canada avant 1990, bien que les pressages allemands et américains soient plus courants que les pressages japonais. Par exemple, le coffret noir Bread Box (BBX2) contenait souvent un mélange aléatoire de pressages américains et « made in W. Germany ».
Les tout premiers disques compacts des Beatles fabriqués au Canada ont été produits par Disque Americ à Drummondville, Québec. Disque Americ était une nouvelle entreprise fondée en 1988, qui a signé à l’automne 1989 un important contrat avec EMI comme principal fournisseur/fabricant de CD. Ces premiers disques canadiens ont été introduits progressivement selon la demande. Sept titres ont été produits en avril, puis six autres en juin/juillet. Le déploiement s’est complété en décembre 1990 avec Magical Mystery Tour, marquant ainsi le premier catalogue complet de CD des Beatles entièrement produit au Canada. Au cours des cinq années suivantes, Disque Americ a continué de rééditer les titres au besoin jusqu’en 1995.
Aujourd’hui, certaines de ces premières pressages Disque Americ suscitent un grand intérêt chez les collectionneurs internationaux, puisqu’ils présentent des différences subtiles mais significatives par rapport aux pressages américains considérés « standards ». Plus précisément, deux albums du catalogue comportaient les mauvais mixages. Help! et Rubber Soul utilisent les mixages originaux des LP britanniques plutôt que les remix de 1987 réalisés par George Martin pour le CD; ce qui en faisait, à l’époque, les seuls CD au monde à contenir les mixages originaux des LP.
Selon le récit (provenant de Jimi Ray Vinyl Wall sur le forum Beatlegdb), Capitol Canada aurait commandé de nouveaux masters numériques à Capitol à Hollywood, où l’ingénieur de mastering Odea Murphy aurait produit des copies de masters le 6 avril 1990 (voir les deux images ci-dessous), à partir des numérisations U-matic de 1987 réalisées par Mike Jarratt des mixages stéréo originaux de 1965 (Revolver aurait probablement été préparé en même temps, présentant des différences similaires et faisant partie du projet de remix de 1987 dirigé par George Martin).
Ces bandes U-matic dupliquées (dont une est conservée dans la collection EMI Music Canada de l’Université de Calgary, comme illustré ci-dessous) ont servi à produire les premiers pressages CD canadiens, qui contiennent donc les mixages originaux de 1965 plutôt que les remix standardisés de 1987. Lorsque la production de CD a été transférée chez Cinram en 1995, les mêmes masters numériques initialement fournis à Disque Americ ont été utilisés, prolongeant la présence de ces mixages originaux non intentionnels sur CD (les pressages EMI ultérieurs utiliseront les masters/mixages « corrects » des États-Unis).

Toujours selon Jimi Ray Vinyl Wall sur le forum Beatlegdb, bien que les mixages soient identiques, le CD canadien de Revolver se distingue également de son équivalent américain par plusieurs détails révélateurs. Notamment, les espaces entre les pistes sont plus longs et l’audio ne descend pas jusqu’au silence numérique complet entre les chansons. Un léger bruit de fond de bande reste audible jusqu’au début de la piste suivante. Cela est particulièrement évident au début de I Want to Tell You, où les premières notes sont nettement plus exposées sur le disque canadien. Ces caractéristiques correspondent étroitement à celles observées sur les CD canadiens de Help! et Rubber Soul, suggérant une source commune. Cela appuie l’hypothèse selon laquelle le siège social de Capitol à Hollywood aurait reçu des masters numériques U-matic de Mike Jarratt au début de 1987, et que ces mêmes bandes auraient ensuite été dupliquées par l’ingénieur de mastering Odea Murphy en 1990 pour Capitol Canada.
Considérant qu’une première série de remixes a été réalisée en février 1987 par George Martin, il demeure incertain pourquoi Capitol aurait reçu les mixages originaux de 1965 plutôt que les remixes de 1987 prévus pour le CD. Il semble qu’EMI ait agi très rapidement dans ce projet et ait demandé les masters numériques alors que la production était déjà lancée; il est donc possible que des mixages initiaux aient été envoyés dès février (avec la première vague de parutions), avant que George Martin ne souligne la nécessité de remixer certains albums prévus pour une sortie en avril.
Comme l’expliquait George Martin en février 1987 :
« Par souci d’efficacité, en un mot, » a-t-il déclaré. « EMI ne m’a pas consulté avant décembre, moment où ils étaient déjà prêts à presser les disques. Lorsque j’ai entendu les CD stéréo, je trouvais qu’ils sonnaient très mal. Je leur ai dit que les deux premiers devraient être publiés en mono, et que s’ils devaient sortir les autres en stéréo, les mixages devraient être nettoyés et rééquilibrés pour le CD. Malheureusement, il y avait une date limite à respecter, alors ils ont dit : “Écoutez, nous allons sortir les quatre en mono, et si vous le souhaitez, vous pourrez peut-être préparer des mixages stéréo pour « A Hard Day's Night » et « Beatles for Sale » plus tard.”
« EMI m’a aussi demandé d’examiner le prochain groupe d’albums, soit « Help! », « Rubber Soul » et « Revolver », qui devaient paraître en avril. Je les ai écoutés et j’ai constaté que les versions stéréo n’étaient pas très bonnes. Elles étaient très floues, et pas du tout ce que je considérais comme une bonne édition. Je suis donc retourné aux bandes quatre pistes et je les ai remixées — sans rien changer fondamentalement, mais en renforçant un peu le son et en réduisant légèrement le bruit de fond. »George Martin – Entrevue avec Allan Kozinn, février 1987.
À la fin de l’été 1995, EMI avait officiellement commencé à exploiter sa propre usine de pressage de CD à Mississauga, mettant ainsi fin à son entente contractuelle avec Disque Americ. En novembre, EMI Canada a temporairement confié à Cinram un mandat de soutien à sa nouvelle installation pour une réédition du catalogue des Beatles. Il est probable qu’EMI anticipait une hausse importante de la demande à l’approche de la sortie très attendue du projet Anthology. Cinram a donc repressé l’ensemble des albums des Beatles au début de novembre, tandis que la nouvelle usine EMI produisait Anthology 1. Cette collaboration avec Cinram fut ponctuelle, puisque le pressage de CD devenait désormais une opération interne; EMI est ainsi devenue le seul fabricant canadien de CD des Beatles jusqu’à la fermeture de son usine 12 ans plus tard, en 2007.
Au cours des années suivantes, plusieurs lots de CD des Beatles ont été fabriqués à l’usine de pressage EMI de Mississauga. Cette période a pris fin au début de 2007, lorsque EMI a cessé ses activités de pressage de CD au Canada. À la suite de cette fermeture, Cinram a repris le pressage, produisant de nouveaux tirages de l’ensemble du catalogue en mai, juillet et août 2007. Cinram a poursuivi avec d’autres repressages du catalogue « ancien format » au besoin au cours des deux années suivantes.
En septembre 2009, EMI a remplacé l’ancien format par la série « remastered » actuelle. Ces éditions ont également été pressées au Canada par Cinram jusqu’en 2014, moment où les détaillants ont commencé à offrir exclusivement des copies importées.
En 2014, Cinram a cessé ses activités de fabrication de CD à Mississauga, transférant la production vers ses installations d’Olyphant, en Pennsylvanie, et de Huntsville, en Alabama. Cela a marqué la fin de la fabrication de CD à grande échelle au Canada, le marché reposant désormais principalement sur des disques importés.
Ce changement s’inscrit dans un contexte plus large de l’industrie. À la suite d’une baisse marquée des ventes de supports physiques, et après l’acquisition d’EMI par Universal Music Group en septembre 2012, les stratégies de fabrication et de distribution ont progressivement été restructurées à l’échelle mondiale, en misant sur des centres de distribution plus vastes et centralisés. À partir de janvier 2022, Optimal Media, en Allemagne, s’est même vu confier un double rôle de centre logistique principal et d’entrepôt central, assurant la distribution de CD, DVD, Blu-ray et vinyles auprès des grossistes et détaillants, tout en approvisionnant les centres de distribution d’UMG à travers le monde. Cela signifie que, depuis ce moment, les commerces canadiens offrent presque exclusivement des CD importés d’Europe plutôt que des pressages canadiens (ou même américains).
Vous trouverez ci-dessous un aperçu détaillé des neuf (9) principales séries de pressages CD canadiens des Beatles. Les CD simples et les parutions spéciales, quant à eux, étaient presque exclusivement importés et faisaient rarement partie des productions locales.
À noter que des pressages américains semblaient également être importés de façon ponctuelle au besoin; même si le Canada produisait ses propres CD, des copies américaines se retrouvaient occasionnellement en magasin lorsque les stocks étaient faibles et qu’un réapprovisionnement rapide était nécessaire. Ces pressages importés étaient souvent présents dans les coffrets et les parutions spéciales, laissant la production principale aux usines canadiennes.
1. Disque Americ 1 (Première génération) - 1990
Les premiers CD des Beatles, entre 1987 et 1990, étaient importés des États-Unis. Les tout premiers pressages CD canadiens des Beatles ont été réalisés à partir de masters numériques U-matic créés à Hollywood spécialement pour le Canada, et fabriqués par Disque Americ à Drummondville, Québec, en avril 1990.
Ces tout premiers pressages se reconnaissent à la présence du logo Disque Americ et d’un code alphanumérique indiquant le moment de création du master de verre (et donc du pressage effectué peu après). Le système de codification des lettres est expliqué dans la dernière section de cette page (voir « Décrypter le code »).
2. Disque Americ 2A (Deuxième génération A) - 1991
L’année suivante, Disque Americ a modifié son système de numérotation de matrice en ajoutant « <011> » à la séquence. Les variantes 2A désignent les versions qui utilisaient encore le logo « D.A. » dans la zone de matrice. Peu après, ce logo a été remplacé par le nom de la compagnie en texte simple (voir 2B).
Disque Americ 2B (Deuxième génération B) - 1992-1993
La variante 2B est pratiquement identique à 2A, mais utilise le nom de la compagnie en texte simple plutôt que le logo. L’introduction de cette version en texte simple ne s’est pas faite à une date précise, mais de façon progressive. Certains pressages du milieu de 1991 présentent déjà cette version, alors que le logo original apparaît encore jusqu’en février 1993. La catégorie 2B correspond donc à cette période de transition. Il s’agit essentiellement toujours de la deuxième génération de pressages Disque Americ, durant laquelle un nouveau format de logo a été introduit.
Bien que la majorité des albums aient été repressés vers le milieu de 1991, il n’y a pas eu de « réédition officielle » du catalogue; les titres étaient produits selon les besoins, en fonction de la demande, ce qui signifie qu’il est possible que certains titres n’aient jamais été repressés dans cette configuration.
3. Disque Americ 3 (Troisième génération) - 1993-1995
Disque Americ a produit une troisième génération de pressages des Beatles de la fin de 1993 au début de 1995. Ces pressages de troisième génération sont similaires à la version 2, mais le système alphanumérique est remplacé par un code à 5 chiffres commençant toujours par « 0 » plutôt qu’une lettre. Comme précédemment, il n’y a pas eu de « réédition officielle du catalogue »; les titres étaient produits selon la demande, ce qui signifie qu’il est possible que certains titres n’aient pas été repressés dans cette configuration.
4. Cinram 1 (Première génération) - novembre 1995
À la fin de 1995, le contrat initial entre Disque Americ et EMI est arrivé à échéance, alors qu’EMI s’apprêtait à exploiter sa nouvelle usine de pressage dans la région de Toronto. Probablement en prévision de la sortie imminente d’Anthology, EMI a mandaté Cinram au début de novembre afin de repressser l’ensemble du catalogue des Beatles pendant qu’elle se consacrait à la production des disques Anthology. Les numéros de matrice de Cinram sont particulièrement utiles, car ils indiquent la date de production du master de verre, ce qui permet de dater les pressages avec précision. Le mois de novembre constitue le seul lot confirmé de disques pressés par Cinram pour EMI dans les années 1990. Ces disques présentent la mention CINRAM en texte simple plutôt qu’un logo graphique.
Lorsque EMI Canada a transféré la fabrication de CD à Cinram, les mêmes masters numériques auparavant fournis à Disque Americ ont été utilisés par erreur, perpétuant ainsi la présence de ces mixages originaux non intentionnels dans les pressages subséquents.
5. EMI 1 (Première génération) - fin 1995 à mi-1996
À l’automne 1995, EMI Canada a commencé à exploiter sa propre usine de pressage de CD. Ces pressages EMI se reconnaissent à leur centre complètement plat ainsi qu’à l’inscription « Mastered by EMI MFG » dans la zone de matrice et au numéro de catalogue du titre. Contrairement à Cinram ou Disque Americ, aucun élément de la matrice ne permet de dater ces pressages avec précision. Cette première génération utilise uniquement un numéro de catalogue court, tandis que les pressages ultérieurs adoptent un système de numérotation différent. Certains de ces disques présentent également une mention « CA #-#-# », qui pourrait indiquer des informations de lot sans toutefois correspondre à un système de datation. Ces pressages à numéro court ont été produits entre la fin de 1995 et le milieu de 1996 (Anthology 3, paru en octobre 1996, utilise le format de numérotation plus long). Les disques Canadiens étaient produits à partir de glass master américains produits à l'usine de Jacksonville, ce qui explique pourquoi les mixages erronés de 1965 présents sur les premiers pressages Disque Americ et Cinram ne se retrouvent pas sur les pressages EMI.
6. EMI 2 (Deuxième génération) - mi-1996 à fin 2004
La deuxième série de pressages EMI est très similaire à la première génération, mais les numéros de matrice dans la zone de gravure utilisent le numéro de code-barres complet plutôt que le numéro de catalogue court. Encore une fois, aucun élément du système de numérotation ne permet de dater ces pressages avec certitude, mais ils apparaissent après les versions à numéro court, entre l’automne 1996 et environ 2005. Ces disques ont également été fabriqués au Canada à partir de masters de verre envoyés de Jacksonville, aux États-Unis.
7. EMI 3 (Troisième génération) - fin 2004 à 2007
Une troisième génération de pressages apparaît à la fin de 2004, présentant une séquence plus longue incluant le numéro de code-barres accompagné de deux courtes séquences alphanumériques. Seul un nombre limité de titres a été observé avec ces marquages, ce qui suggère que peu d’albums ont été repressés à cette époque, probablement selon la demande en baisse. Ces pressages sont demeurés en circulation jusqu’au 20 février 2007, date de fermeture de l’usine ontarienne. Comme tous les autres pressages EMI, ils ont été fabriqués à partir de masters de verre américains.
8. Cinram 2 (Deuxième génération) - 2007-2012
Lorsque l’usine EMI a cessé ses activités de pressage de CD, EMI s’est de nouveau tournée vers Cinram pour une nouvelle série de pressages produits durant l’été 2007. Ces disques présentent le logo Cinram « disques en rotation », accompagné du numéro de code-barres et d’un code de date, ainsi que la mention « MADE IN CANADA » embossée au centre du disque. Pendant plusieurs années, ces codes ont été interprétés comme indiquant un pressage de la fin des années 1990 (par exemple 1997 ou 1998), mais le logo « disques en rotation » n’a été introduit qu’au début des années 2000, confirmant ainsi une production en 2007 ou ultérieure. Cela correspond également à la fermeture de l’usine de pressage canadienne d’EMI. Ces pressages sont documentés jusqu'en 2012. À un certain moment donné avant 2012, le logo "disques en mouvement" fut retiré des marquages de matrice.
9. Cinram 3 (Troisième génération) - 2013-2014
Peu après, le système de numérotation de Cinram a de nouveau été modifié pour adopter un format combinant code-barres + numéro de code-barres + séquence alphanumérique, pouvant indiquer la date de pressage. Ces pressages couvrent un nombre limité de titres du catalogue original ainsi que les remasters de 2009. La production semble s’être poursuivie au besoin jusqu’en 2014, moment où les activités de pressage de CD de Cinram au Canada ont été transférées aux États-Unis.
À partir de ce moment, les CD des Beatles ne sont plus pressés au Canada et sont désormais importés, marquant la fin de la production canadienne de CD des Beatles. En janvier 2022, Universal a confié à Optimal, en Allemagne, le rôle de centre mondial de fabrication et de distribution.
Aujourd’hui, les CD des Beatles sont donc importés. Bien que certains puissent porter une mention « Made in Canada », il ne s’agit pas de véritables éditions canadiennes, mais plutôt de parutions importées qui ont été physiquement fabriquées au Canada pour d’autres marchés; le Canada se retrouve ainsi à réimporter des « éditions étrangères fabriquées localement ».










De manière générale, les pressages CD des Beatles ont été moins étudiés en détail que les vinyles, mais tout comme pour les disques LP, l’information de matrice est essentielle pour identifier et dater un pressage précis. Heureusement, plusieurs passionnés très bien informés en ligne (dont plusieurs ayant travaillé dans l’industrie musicale) ont généreusement partagé leurs connaissances sur la chronologie des CD au Canada, ce qui permet aujourd’hui de retracer un portrait détaillé de l’évolution de la production depuis la fin des années 1980. Je tiens personnellement à remercier Yves Messier, qui a fait preuve d’une grande générosité de son temps et a accepté de partager ses recherches; cette section n’aurait pas été possible sans lui.
La section suivante présente les quatre grandes catégories de pressages CD, ainsi que les repères, codes et systèmes de numérotation nécessaires pour identifier et dater correctement un CD. Plus précisément, elle couvre les importations, ainsi que les différentes générations de pressages produits par Disque Americ, CINRAM et EMI depuis 1987.
Lorsque le catalogue CD des Beatles a été introduit sur le marché canadien en 1987, la production locale de CD des Beatles n’était pas encore en place. De petites installations de pressage émergeaient au pays, mais aucune n’était suffisamment importante pour répondre à une commande d’envergure comme celle du catalogue EMI. Ce n’est qu’en 1988 qu’une nouvelle entreprise canadienne de pressage de CD a été fondée sous le nom de « Disque Americ » à Drummondville, Québec. Disque Americ a rapidement commencé ses activités et a signé un contrat avec EMI à l’automne 1989. La production des CD des Beatles a débuté en avril 1990, mais avant l’entente entre EMI et Disque Americ, les disques des Beatles étaient importés des États-Unis.
Les premières éditions en « long box », par exemple, contenaient des CD importés, soit pressés à l’usine de Jacksonville (JAX) (récemment convertie à la fabrication de CD un an auparavant), soit en Allemagne ou au Japon. Ces pressages « Made in » étaient spécialement destinés au marché américain, qui ne disposait pas encore de la capacité nécessaire pour une production de CD à grande échelle. Les CD américains se distinguent par leurs numéros de catalogue différents : les disques américains/allemands/japonais utilisaient le préfixe « CDP » alors que le Canada utilisait plutôt le préfixe « C2 ». Ainsi, tout CD portant un préfixe CDP n’est pas une édition canadienne, mais bien une copie importée des États-Unis.
Plus précisément, les CD « made in Germany » étaient pressés soit à l’usine PolyGram, soit à l’usine BMG/Sonopress, tandis que les disques « made in Japan » étaient produits à l’usine Toshiba-EMI. On estime que les albums jusqu’à Sgt. Pepper’s étaient pressés soit à Jacksonville (JAX), soit en Allemagne, puis que Magical Mystery Tour jusqu’à Let It Be étaient pressés par Sony DADC aux États-Unis. Enfin, les disques Past Masters étaient produits soit à Jacksonville (JAX), soit à l’usine EMI de Swindon au Royaume-Uni. Ce sont ces mêmes pressages qui ont été importés au Canada avant avril 1990.
Les collectionneurs doivent garder à l’esprit que, même si la production canadienne de CD était stable depuis 1990, des copies ont continué d’être importées de façon ponctuelle en parallèle lorsque nécessaire. Par exemple, des copies américaines (ou des pressages étrangers destinés au marché américain) pouvaient se retrouver en magasin lorsque les entrepôts étaient à court de stock et qu’un réapprovisionnement rapide était requis. Des copies importées ont régulièrement été observées dans les grandes chaînes de disques au Canada au fil des années, que ce soit dans des coffrets ou en versions individuelles. La réédition du Bread Box de 2006, par exemple, pouvait contenir certains disques pressés aux États-Unis, tandis que d’autres provenaient d’Italie (« Made in Italy ») ou des Pays-Bas (« Made in Holland »), toujours pour le marché américain.

Ce modus operandi s’est avéré très efficace, mais après plusieurs années de production rentable, toutes les usines de pressage ont subi une baisse constante des ventes de formats physiques, menant à l’arrêt complet du pressage de CD au Canada en 2014. Comme plusieurs autres, les activités de Cinram ont été centralisées et transférées vers des installations aux États-Unis. Tous les CD des Beatles offerts en magasin au Canada après 2014 sont donc des importations.
Comme mentionné précédemment, aujourd’hui, les CD proviennent du centre de distribution international de Universal en Allemagne. Étant depuis janvier 2022, le principal centre logistique et fabricant pour les parutions mondiales, les pressages trouvés en magasin proviennent de l'UE; ces pressages sont facilement identifiables grâce au logo Universal et aux marquages « Optimal GmbH ».
Disque Americ a été le tout premier fabricant de CD pour EMI au Canada. Bien que l’entreprise ait été fondée en 1988, les premiers CD des Beatles ont été mis en circulation en avril 1990. L’entreprise a pressé des CD des Beatles pendant cinq ans, jusqu’à ce qu’EMI rapatrie la production dans sa propre usine canadienne. Durant cette période, trois générations de pressages Disque Americ ont été identifiées, les différences se situant au niveau des codes de matrice :

Contrairement à d’autres entreprises (comme Cinram), les codes de matrice n’indiquent pas explicitement la date de pressage, mais Disque Americ utilisait un système de lettres permettant d’établir une chronologie (semblable aux codes utilisés pour les pressages d’albums britanniques). L’analyse des discographies officielles de l’époque (merci Yves Messier !) a permis d’établir une corrélation entre la séquence de lettres et les dates (voir le tableau ci-dessous).
1. Les pressages de première génération (1990) présentent le logo de la compagnie, en forme de cercle avec ce qui ressemble à la partie inférieure gauche d’un « A », ainsi que le texte « made in / Fabriqué par Disque Americ CANADA ». On retrouve ensuite un numéro en deux parties comprenant un code de date à 3 chiffres commençant par un chiffre ainsi que le numéro de catalogue de la parution (inscrit sur le disque). Les dates de 1990 pour cette génération ont été établies à partir des feuilles de commande officielles des masters numériques.
2. En 1991, les pressages de deuxième génération utilisent un code de date à 4 chiffres commençant par une lettre, et ajoutent « <011> » à la séquence. Les dates de cette génération correspondent directement aux codes de lettres présentés dans le tableau ci-dessous. Ces pressages existent avec un logo graphique ou en texte simple.
3. Finalement, en 1993, la troisième génération adopte un code à 5 chiffres commençant exclusivement par un « 0 ». Les dates des pressages des deuxième et troisième générations correspondent directement aux codes lettres/chiffres présentés dans le tableau ci-dessous :

Les pressages Cinram sont probablement les plus faciles à identifier et à dater. Comme ceux de Disque Americ, ils présentent également une zone centrale irrégulière (contrairement aux disques EMI complètement plats) et utilisent un code de date simple indiquant clairement l’année et le mois de production du master de verre (le pressage de masse suivant généralement très rapidement). Par exemple, le numéro #951106EE a été produit en 1995 (#951106EE), au 11e mois (#951106EE), le 6e jour (#951106EE). Selon les numéros de matrice, cette série de pressages semble avoir été produite sur une période de trois jours, entre le 4 et le 6 novembre 1995.
Cinram a été mandatée en 1995 lorsque l’entente avec Disque Americ a pris fin, au moment où EMI lançait la production dans sa nouvelle usine de Mississauga. Probablement en prévision de l’impact de la sortie d’Anthology, EMI a fait appel à Cinram pour soutenir la nouvelle installation et produire l’ensemble du catalogue des Beatles en novembre 1995, tandis qu’EMI assurait le pressage des nouveaux disques Anthology 1.
La série de 1995 constitue le seul lot de pressages des Beatles confié à Cinram dans les années 1990. EMI est ensuite devenue son propre fabricant principal et a pressé les CD des Beatles jusqu’en 2007. À ce moment, Cinram a de nouveau été sollicitée lorsque les opérations internes d’EMI ont été interrompues et que l’usine a fermé. Ces pressages plus récents comportent également un code de date numérique, et les disques avec un préfixe « 7 », longtemps interprétés comme datant de 1997, correspondent en réalité à 2007. Le « logo des disques en rotation » est apparu vers 2003, ce qui rend improbable sa présence sur des pressages de 1997.
Cinram a poursuivi le pressage pour EMI jusqu’en 2014, moment où l’industrie du CD a subi un déclin majeur, entraînant la fermeture ou la relocalisation des usines de pressage à travers le monde. Cinram a alors transféré ses activités vers les États-Unis, marquant la fin de la production de CD au Canada.
Au fil des ans, trois générations de pressages Cinram ont été documentées, les différences se situant encore une fois au niveau des codes de matrice :

À la fin de 1995, EMI a rapatrié ses activités de fabrication dans sa nouvelle usine canadienne de pressage de CD située à Mississauga, en Ontario. EMI a fabriqué ses propres CD jusqu’en février 2007, moment où l’industrie a été déjà confrontée à une baisse rapide et soutenue (et inattendue) des ventes de supports physiques, à la suite du virage du marché vers les fichiers MP3 et l’émergence des services de diffusion en continu (pour une analyse très détaillée de l’effondrement de l’industrie musicale à la fin des années 1990, voir 1999: The Year the Record Industry Lost Control). La décision a alors été prise de fermer l’usine EMI au profit de la sous-traitance vers d’autres installations encore en activité pour les grandes maisons de disques au Canada (dans ce cas-ci : Cinram, tel qu'indiqué dans la section précédentes).
L’usine canadienne d’EMI n’effectuait pas le glass mastering; les matrices négatives (stampers) étaient livrées à l’usine pour presser des disques à partir de masters de verre produits à Jacksonville, aux États-Unis. Les marquages de la International Federation of the Phonographic Industry (IFPI) « IFPI L043 » et « IFPI L044 », visibles dans la zone de matrice, sont des codes SID (Source Identification) qui identifient l’usine JAX (Jacksonville) ainsi que la machine ayant servi à la gravure du master de verre. Bien que les parutions d’artistes canadiens aient généralement été masterisées au Canada (avec, par exemple, des codes IFPI L481 pour un mastering chez Disque Americ), les CD des Beatles provenaient exclusivement de masters américains issus de Jacksonville.
Les disques EMI sont faciles à identifier, mais très difficiles à dater, car leurs matrices incluent uniquement les numéros de catalogue et les numéros de code-barres (sans code de date). Les périodes indiquées ci-dessous sont donc des estimations établies à partir de corrélations entre les archives de l’entreprise, l’analyse des discographies publiées et les formats de numérotation. Au total, trois générations de pressages EMI ont été documentées entre 1995 et 2007.

La plupart des pressages EMI se reconnaissent à leur centre complètement plat et à l’inscription « Mastered by EMI MFG. », suivie du numéro de catalogue de l’album (soit le numéro court, soit le numéro de code-barres dans les versions plus tardives). Peu avant la fermeture de l’usine, un nouveau format de matrice a été identifié, où le numéro de code-barres est suivi d’un code alphanumérique se terminant par deux chiffres et la lettre « A » (##A). Très peu d’exemplaires ont été recensés avec cette configuration. Il est fort probable que, selon la demande, seuls certains titres aient été pressés à ce moment.
Vous trouverez ci-dessous un tableau de tous les pressages CD des Beatles au Canada documentés, datés selon leurs informations de matrice.
Télécharger le tableau PDF ici.

Les entrées de cette archive sont numérotées afin de vous permettre de vous y référer facilement lors de l’organisation de votre collection. Un numéro de variation typique est présenté sous un format alphanumérique qui identifie séquentiellement :
Par exemple, le pressage Columbia du White Album avec étiquette orange de 2e génération serait identifié par LP.APP101.7.1 : autrement dit, la version LP de l’album Apple numéro 101 (numéro de catalogue du White Album), correspondant au 7e type d’étiquette (étiquette orange de 2e génération), et il s’agit de la première variation de cette catégorie.
De même, la version reel-to-reel de la série Gold Box de Sgt Pepper's serait identifiée par RE.2653.2.1 : autrement dit, la version bobine du titre portant le numéro de catalogue 2653 (Pepper), appartenant à la deuxième série de bandes (Gold Box), et il s’agit de la première variation de cette catégorie.
Enfin, la premier CD Pressage Disque Améric de Abbey Road de Avril 1990 serait identifiée par CD.APP383.1.1 : autrement dit, la version CD de l’album Apple numéro 383 (Abbey Road), issue de la première série de pressages (Disque Amérique 1), et il s’agit de la première variation de cette catégorie.
...et ainsi de suite.
Ce système permet à toute personne qui en comprend la logique d’identifier avec précision n’importe quelle variation simplement à partir de son numéro. Il ne reprend pas les autres systèmes existants (par exemple Spizer ou Valiquette), mais a été conçu selon la logique structurelle propre à cette archive. Pour des explications détaillées des types d’étiquettes et de leur numérotation, consultez la page FORMATS dans le menu principal.